Depuis un certain temps, on voit des nuées de recruteurs de donateurs comme des sauterelles dans les artères commerçantes nous proposant de donner pour telle ou telle cause. Il était manifeste que ce n’était pas des bénévoles vu leur manque de connaissances parfois du secteur des ONGs.
Pour ma part je suis assez sceptique sur la méthode , mais au vu de son développement, on peut penser qu’elle est assez efficace, au vu notamment des partenaires (WWF, Médecins sans frontières, croix rouge, CARE, Aide et Action , la Ligue contre le Cancer ...).
Les chiffres qui sont donnés sur le site de la société assurant cette mission pour les associations, ONG conseil www.ongconseil.com sont assez éloquents : 620 000 heures de recrutement financés par les associations clientes pour recruter 380 000 nouveaux donateurs. Le résultat 2007 de la société est de 14 Millions d’euros, contre 12,5 en 2006 (source societe.com) , pour environ 400 recruteurs dans toute la France. A noter que les recruteurs sont payés à SMIC+20 %, plus le ticket restau, les congés payés et la prime de précarité, ce qui est très honorable quand on voit ce que proposent certaines administrations et collectivités (moi le secrétaire de mairie en contrat d’insertion, ça me fait frémir).
Une des vraies questions sur ces recrutements, en dehors de l’aspect de recrutement de masse, est son efficacité à terme sur le territoire.
En effet, pour des raisons logiques, les recruteurs se placent dans une zone urbaine très peuplée . L’enquête nationale récente sur l’emploi dans l’économie sociale (résumée sur localtis : http://www.localtis.info/servlet/ContentServer?c=artVeille&cid=1221030011867&pagename=Localtis/artVeille/artVeille ) montre aussi une prédominance des localisations d’établissements en zone urbaine . Ce qui en soi est logique, l’économie sociale, les associations, coopératives ou mutuelles, fondations, sont proches et de leurs publics et de leurs militants.
Lors de la préparation il y a un certain temps (2005 ?) de la quinzaine de l’épargne solidaire en Alsace, nous avions eu ce débat sur l’opportunité de faire une collecte lors de cette quinzaine. L’argument contre était surtout le fait qu’une collecte asséchait pour un temps la capacité à donner de la personne.
On est donc devant un paradoxe. Effectivement, pour une structure de l’économie sociale, les dons / les cotisations / les parts sociales sont la première ressource autonome et plutôt pérenne de la structure. Mais ne sur-moissonne-t-on pas ? Pour résumer, vaut il mieux une grande moisson (une vague de recrutement, qui diminue le coût moyen d’acquisition du donateur, au détriment de la qualité du lien avec le donateur) ou cultiver sagement un petit carré de jardin (globalement une petite association ayant un cercle d’audience et de donateurs restreints). Une très grande majorité des associations (plus de 90 % des effectifs) sont d’abord des associations locales ayant une action locale. On ne peut donc envisager de collecte pour elles au niveau national.
Pour ma part, autant je trouve très bien la volonté de s’autonomiser et de rechercher de manière méthodique des fonds pour continuer son action, autant je pressens (car je n’ai aucune donnée, c’est juste une impression), que cette démarche est une annonce de mutations à venir dans l’économie sociale. Actuellement, il devient plus facile via internet ou ces recruteurs de donner pour des grandes causes que de s’investir dans l’association du coin. Le web, et surtout le web 2.0 par sa capacité à mobiliser des audiences importantes et impliquer rapidement des utilisateurs, n’accentue-t-il pas la fracture entre grande structure porteuse d’une cause sexy, bien calibrée pour attirer le client avec une implication minime de la personne et l’association de base, qui n’a pas accès à ce média, qui a une cause ou une activité multiples et pas forcément identifiable ?
Bref, qu’en pensez vous ?
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